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ANTIBIORÉSISTANCE : Mais comment assurer sa surveillance sans les bonnes normes ?

Actualité publiée il y a 11 heures 44 min
New Contaminants
Cette revue de la littérature constate une incohérence des normes qui pourrait compromettre le suivi mondial de la résistance aux antibiotiques (Visuel Adobe Stock 320678643)

La résistance aux antibiotiques est souvent perçue comme un problème hospitalier, mais de plus en plus de preuves montrent que les rivières, les sols, les eaux usées et d'autres milieux naturels sont devenus des réservoirs importants de bactéries résistantes. Cette revue de la littérature, menée par une équipe de la University Malaysia Terengganu, constate une incohérence des normes qui pourrait compromettre le suivi mondial de la résistance aux antibiotiques. Ces travaux, publiés dans la revue New Contaminants, appellent à l'établissement d'un référentiel mondial unifié pour améliorer la surveillance de l’environnement et des métriques de santé publique.

 

Face à la progression continue de l’antibiorésistance dans le monde entier, l’harmonisation des normes de mesure et d’interprétation de cette résistance constitue une étape cruciale pour comprendre, gérer et, à terme, ralentir sa propagation.

 

L’auteur principal, le Dr Nyuk Ling Ma, ajoute :

« la résistance aux antimicrobiens ne connaît pas de frontières.

Si nous utilisons des règles différentes pour interpréter les mêmes données, nous risquons de sous-estimer ou de mal interpréter les tendances de cette résistance à l’échelle mondiale ».

L’absence de normes, obstacle majeur à une surveillance mondiale efficace

L’étude est une analyse exhaustive des recherches menées sur les modes de surveillance et d’interprétation de la résistance aux antimicrobiens (RAM) et comment des analyses incohérentes peuvent fausser l’évaluation de l’ampleur du problème pour l’environnement et la santé publique.

 

Ces différences entre les normes internationales et selon les éléments contaminés conduisent à des conclusions contradictoires quant à la classification des bactéries comme résistantes ou toujours sensibles aux antimicrobiens.

 

La concentration minimale inhibitrice (CMI), une métrique clé :  La CMI est la plus faible concentration d’un antibiotique qui empêche la croissance bactérienne et est considérée comme la référence pour déterminer la résistance aux antibiotiques. Cependant, les valeurs de CMI ne sont pertinentes que lorsqu’elles sont interprétées à l’aide de seuils de sensibilité, c’est-à-dire des seuils prédéfinis qui classent les bactéries comme sensibles, intermédiaires ou résistantes. Actuellement, il existe 2 systèmes de seuils de sensibilité (gérés par le Clinical and Laboratory Standards Institute aux États-Unis et le Comité européen de l'antibiogramme). Bien que fondés sur des données scientifiques, ces 2 systèmes diffèrent quant aux valeurs seuils, aux méthodes de test et aux règles de classification.

 

« De ce fait, une même souche bactérienne testée dans 2 laboratoires utilisant des normes différentes peut être considérée comme résistante dans un cas et sensible dans l'autre ».

 

L’étude, une revue des principaux outils de surveillance de la résistance aux antimicrobiens, allant des méthodes génétiques de détection des gènes de résistance aux méthodes phénotypiques mesurant la réponse réelle des bactéries aux antibiotiques, révèle à quel point la surveillance environnementale est vulnérable à l'incohérence des normes. S’ajoute la diversité des milieux contaminés, dont les sols, les aérosols ou les eaux usées du monde entier.

 « Sans seuils de sensibilité harmonisés, il devient difficile de suivre les tendances mondiales, d'évaluer les risques ou de déterminer l'efficacité des interventions ».

Les chercheurs appellent à une collaboration internationale renforcée afin d'élaborer un cadre de seuils de CMI unifié et faisant autorité, applicable de manière cohérente dans les contextes cliniques et environnementaux.

 

« La normalisation n'est pas qu'une question technique mais aussi une question de coordination contre l’une des menaces les plus urgentes pour la santé publique ».

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