CICATRISATION POST-OP : Le gel qui bloque la voie des adhérences
C’est un nouveau gel, facile à appliquer, qui prévient les adhérences abdominales, qui nous est proposé par cette équipe de la Stanford Medicine. Un nouveau dispositif, documenté dans la revue Science Translational Medicine, qui en éliminant ce risque d’adhérences post-chirurgicales, une complication aujourd’hui incurable, pourrait permettre de réduire considérablement l'incidence des douleurs chroniques ou des occlusions intestinales post-op et de réaliser des économies considérables en soins de santé. Sans compromettre la cicatrisation.
Les adhérences chirurgicales sont des complications fréquentes, parfois mortelles, qui surviennent après une chirurgie abdominale ouverte ou laparoscopique. Ce gel imprégné d'une molécule qui bloque une voie de signalisation clé dans la formation du tissu cicatriciel, testé ici chez de grands modèles animaux, promet de prévenir ces complications.
La question du tissu cicatriciel : ces adhérences abdominales se forment dans les semaines qui suivent une intervention chirurgicale, au cours du processus de cicatrisation.
Entre 50 % et 90 % des chirurgies abdominales entraînent des adhérences,
caractérisées par un excès de tissu cicatriciel qui fixe les organes et les tissus entre eux ou à la paroi abdominale. Bien que de nombreuses adhérences soient asymptomatiques, entre 5 % et 20 % sont graves, provoquant des douleurs chroniques, une infertilité et des occlusions intestinales mortelles. Il n'existe aujourd’hui aucune méthode fiable pour les prévenir ou les traiter, et on estime que les complications liées aux adhérences abdominales coûtent des milliards de dollars chaque année.
La découverte d’une voie moléculaire clé
L’équipe étudie la formation de cicatrices et les adhérences depuis des années et avait, dès 2020 identifié la voie biologique responsable de la formation d'adhérences chez la souris puis chez l’Homme. Les recherches suivantes ont montré que l'inhibition de l'activité d'une protéine appelée c-Jun, produite par les fibroblastes en réponse à une blessure, permet de réduire considérablement la formation d'adhérences.
Une molécule inhibitrice appelée T-5224, de la protéine c-Jun, a ensuite été identifiée pour sa capacité à moduler la cicatrisation excessive et l'inflammation. Testée lors d'essais cliniques comme traitement de la polyarthrite rhumatoïde et sur des modèles animaux de métastases et d'inflammation cancéreuses, la molécule a confirmé son efficacité inhibitrice.
L’étape suivante a donc été de concevoir le gel, à base de T-5224.
« Nous souhaitions savoir si nous pouvions administrer cette petite molécule inhibitrice directement dans la cavité abdominale sur une période de plusieurs jours et, le cas échéant, si elle aurait bien un impact sur la formation d'adhérences ».
Un hydrogel rhéofluidifiant avec T-5224 : le biomatériau s'écoule comme un liquide sous pression mais se stabilise lorsque la pression est relâchée. Une fois imprégné de T-5224, le gel libère lentement la petite molécule. Applicable en spray ou en solution lavante à l'intérieur de la cavité abdominale immédiatement après l'intervention, le gel libère durant 2 semaines la petite molécule, le T-5224, qui bloque l'activation des fibroblastes, les cellules responsables de l'adhérence, cela sans affecter la cicatrisation normale.
Éviter l’adhérence, favoriser la cicatrisation
Cette méthode simple et pratique pour prévenir ou réduire la formation d'adhérences abdominales post-chirurgicales chez l'Homme, actuellement inévitables, ne compromet pas la cicatrisation, explique l’auteur principal, le Dr Michael Longaker, professeur de chirurgie : « Les adhérences surviennent principalement lors d'une lésion ou d'une interaction avec l'intestin pendant une intervention chirurgicale, qu'elle soit ouverte ou laparoscopique. Le gel que nous avons développé réduit le risque d'adhérences sans compromettre la capacité de cicatrisation après l'intervention ».
De premières preuves de concept chez l’animal : testé sur de petits et de grands modèles animaux, le gel imprégné de T-5224 permet en effet de réduire considérablement la formation d'adhérences, de près de 300 % en réponse à une chirurgie abdominale, estiment les chercheurs.
Sa formulation à libération prolongée et sa facilité d'application dans la cavité abdominale sont des atouts idéaux pour un traitement clinique potentiel des adhérences.
Prochaine étape : les essais cliniques (chez l'Homme).
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